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Ré-volution – Les dépossédés (3/3)

Fin aujourd’hui de la mini-série concernant Les Dépossédés … avant la surprise de demain.

ATTENTION SPOILER : Pour ce dernier article, je vais parler de la fin du livre, parce que c’est là que ça prend sens, donc pour ceux qui ne l’auraient pas lu et voudraient se garder la surprise : lisez-le d’abord et venez me dire après ce que vous en pensez 🙂

Retour à la case départ

Disons-le d’emblée la fin est un peu déconcertante. Parce qu’on a un peu l’impression d’un retour à la case départ. Shevek, qui avait quitté Anarres pour Urras dans l’espoir d’y trouver des interlocuteurs dignes de ce nom pour parler physique, revient un peu la queue entre les jambes. Là-bas il a certes trouvé des physiciens, mais il a surtout rencontré des politiques. De tous bords, ceux-ci ont essayé de le manipuler dans un seul but : lui acheter/extorquer sa théorie de la Simultanéïté qui doit leur permettre de voyager instantanément, ou à défaut de communiquer instantanément, à travers l’univers.

Après diverses péripéties, il rencontre des Terriens, avec qui il négocie son retour sur Anarres, en échange de voir sa théorie diffusé à tout le monde, pas seulement en A-Io (l’un des pays d’Urras), ni sur Anarres (où tout le monde s’en fout), ni sur Terre. Mais partout. Sauf que bien évidemment, lui a changé, et le décors aussi. D’une part sur Anarres, les choses bougent, parce qu’il est parti et parce que ceux qui sont restés ont mis les évènements en mouvement. Sur Urras, une révolution couve également, à laquelle son passage donne un nouvel élan. N’empêche que tout reste à faire.

Volution, Ré-volution

Le livre se termine donc par un retour sur Anarres… et par le départ sur Urras, puisque je vous rappelle qu’on suit en parallèle la vie de Shevek à deux moments différents.
Et c’est cette boucle qui est très intéressante parce que la narration choisie sert complètement le propos : tout est à remettre en mouvement tout le temps. Anarres, société pourtant fondée sur l’anarchisme, s’embourbe dans une bureaucratie rigide. Ce n’est pas parce que les Anarrestis ont réussi il y a 150 ans à fonder une société idéale, qu’elle l’est restée. Une deuxième révolution est donc à faire. Ou plutôt une volte 1)je précise que ce terme est un emprunt à Alain Damasio dans La zone du dehors permanente doit être entretenue.

Je trouve, personnellement, cette idée fondamentale. Parce qu’aujourd’hui l’imaginaire révolutionnaire français c’est : le 14 juillet 1789. Je caricature un peu mais en gros, notre modèle de société a changé à cette date, pour un modèle qui est censé être le bon. Et point. Comme on s’aperçoit que notre société actuelle n’est pas idéale, on essaye de reproduire ça.

Or plus j’avance dans mes réflexions, plus je suis convaincue qu’on ne fait pas LA révolution pour mettre en place un système idéal mais qu’on se bat en permanence pour amener la société dans l’état que l’on souhaite en l’empêchant de basculer d’un extrême à l’autre. Comme une boule qu’on essayerait de maintenir au milieu d’une planche posée sur un ballon. Aujourd’hui, je ne pense pas trop m’avancer en disant que la planche penche très à droite et qu’on est plusieurs à tirer très fort pour la faire basculer de l’autre côté. Mais il faut bien voir que, même si on y arrive, ce ne sera pas un état stable. D’autres tireront dans l’autre sens. De même que LA révolution française ne s’est pas faite le 14 juillet, mais est un processus qui a commencé bien avant et s’est terminé… s’est-il terminé ?

Et je pense que si on était conscient de ça, on vivrait mieux le fait d’être en révolution permanente. Car malheureusement, ou heureusement, il n’y a pas de fin à notre combat. J’en prends conscience seulement maintenant2)oui des fois je suis un peu lente à la détente, c’est pas facile, mais je pense que c’est nécessaire, et à terme motivant.

Voilà, je termine avec cet article les commentaires que j’avais à faire sur le livre Les dépossédés d’Ursula K. Le Guin. Il y aurait plein d’autres choses à dire sur le sujet mais il faut savoir s’arrêter. Si ça vous a plu et si vous voulez d’autres « chroniques littéraires » n’hésitez pas à le dire en commentaire. N’hésitez pas non plus à engager le débat 🙂 Et puis partagez, diffusez, les idées sont faites pour se répandre.

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