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Art libre #2 : Pourquoi ?

La semaine dernière j’ai expliqué les bases de ce qu’était une licence libre. Maintenant je vais pouvoir entrer dans le cœur du sujet : pourquoi j’ai choisi cette liberté pour mes écrits ?

Les idées ne sont la propriété de personne

On s’entend bien le droit de la propriété intellectuelle français protège des œuvres et non des idées. Donc théoriquement, n’importe qui peut reprendre l’idée d’un roman, d’une nouvelle, et en faire ce qu’il veut. Sauf que la limite peut être assez floue. Une traduction, on voit bien que c’est directement une adaptation de l’œuvre originale donc il y a des droits à verser à l’auteur, par contre si j’écris de A à Z une nouvelle ayant pour héro un hobbit qui doit aller jeter un anneau dans un volcan, accompagné d’un elfes, d’humains, d’un nain et d’un magicien. Est-ce que je suis dans la parodie, dans le plagiat, ou juste je crée une nouvelle œuvre ?

Autre exemple, il y a une de mes nouvelles où les personnages changent de nom en fonction de leur statut social, plus on est haut dans l’échelle plus on est proche du A dans l’alphabet et moins on a de lettres. Chaque ‘bonne action’ peut nous monter vers le A et les mauvaises nous faire descendre. Je trouvais l’idée rigolote, elle m’est venue comme ça en écrivant. Puis j’ai lu la Zone du dehors d’Alain Damasio. Et là je m’aperçois que c’est le même système (en plus élaboré, c’est Alain Damasio et c’est un roman entier). Comme je trouve la coïncidence étrange, je réfléchis un peu et je fini par me souvenir que j’ai vu une interview de Damasio où il parle du Clastre, le système en place dans la zone du dehors. J’avais oublié ça consciemment mais mon cerveau a fait son travail de cerveau, il a mouliné tout ça et l’a intégré dans mes propres créations.

Je trouve ce phénomène complètement normal. C’est ainsi qu’on génère des idées, en observant le monde, et en laissant notre imaginaire, notre cerveau, s’inspirer de ça pour faire sa propre tambouille. La conséquence de ça est que les idées doivent circuler pour que la création ait lieu.

Le fait d’accorder de facto la liberté à d’autres de reprendre mes nouvelles, assure, à mon sens, la circulation des idées sans entrave. Et c’est ce qui est le plus important pour moi.

Un livre libre

Si je résume, le premier argument pour publier sous licence libre est le fait que je ne me sens pas légitime à m’approprier mes idées et que je n’en vois pas l’intérêt. Le deuxième et la suite logique est que j’ai envie que les histoires que je développe dans mes livres circulent. Et c’est particulièrement vrai pour la série Libertés Futures, dont le but avoué est de réfléchir au futur.

Je n’écris pas sans arrière pensée, juste pour le plaisir d’écrire. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler mais l’un de mes moteurs d’écriture est l’envie d’imaginer le futur et donner à croire un futur meilleur pour que l’on puisse le voir un jour. Dans cette optique, j’ai évidemment à cœur que les gens puissent s’approprier mes œuvres, les traduire, en faire des adaptation BD, cinéma, d’autres écrits sous d’autres formes qui parleront à d’autres personnes.

J’ai choisi la licence CC-BY-SA (qui est compatible de la licence Art libre) car :

  • je souhaite que la chaîne de partage / modification / diffusion puisse continuer à l’infini. C’est donc la seule restriction que je met à la réutilisation de mes œuvres : que les œuvres dérivées soient également sous licence CC-BY-SA ou Art Libre
  • je n’interdis pas la modification car je trouve que sinon la licence libre n’a plus de sens dans ce contexte : par exemple cela empêcherait les traductions, ce qui serait contre-productif.
  • je ne souhaite pas interdire l’exploitation commerciale. En premier lieu, parce que moi-même je compte en faire une exploitation commerciale : éditer des livres et les vendre et si je passe par une maison d’édition pour le faire cela risque de compliquer les choses. Ensuite, sincèrement, si quelqu’un veut en faire un film et le vendre c’est tant mieux. Mais je détaillerai cet aspect dans le prochain article.

Pour finir, un petit mot des projets en cours. Le recueil de nouvelles de la saison ‘Choisir’ de Libertés Futures sera donc publié sous licence CC-BY-SA. J’ai également dans les cartons un livre pour bébé qui sera également sous licence libre de même que toutes les nouvelles et Interludes qui arrivent. Pour l’instant j’ai un projet qui ne sera peut-être pas libre car je compte proposer une série littéraire à l’éditeur Rocambole et ils n’acceptent pas cette licence (je leur ai demandé). Je ne m’interdis pas ce genre de projet parce que… parce que c’est aussi un moyen de diffusion de publier chez des éditeurs, mais je ne m’interdis pas non plus de leur reparler de la licence s’ils publient ma série 🙂

Comme cet article est déjà trop long je m’arrête là, mais il y a au moins une question à laquelle je n’ai pas répondu : comment un auteur peu gagner de l’argent [1]voir ‘Le loup en slip n’en fiche pas une’ pour comprendre pourquoi j’ai banni l’expression gagner sa vie de mon vocabulaire avec ses œuvres ? Ce sera pour la semaine prochaine 🙂

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