Livres,  Questions d'écriture

Écrire des utopies

Si j’ai choisi d’écrire ce n’est pas pour raconter l’effondrement du monde mais pour imaginer ce que serait un monde meilleur, mais en pratique, les nouvelles que j’ai publiées jusqu’à présent sont plutôt dystopiques. Alors aujourd’hui je vais vous parler de quelques livres qui (d)écrivent des utopies, de ce qui j’y ai trouvé d’intéressant et de pourquoi ce n’est pas tout à fait ça que j’ai envie d’écrire.

J’ai lu très exactement trois livres dans ce cas là, donc je vous le dit tout de suite, c’est du haut d’une expérience très limitée que je parle. Je vous mets les liens vers les fiches babelio pour les résumés. Pour la science-fiction roumaine des années soixante, Babelio est pas au point par contre…

En plus, ils ne sont pas vraiment récents… Mais c’est pas grave. Les dépossédés, j’en ai déjà beaucoup parlé ici, ici et . Donc je vais surtout m’attarder sur les deux autres.

Résumés

Rapidement l’histoire des deux livres :

La vague montante, se passe dans quelques siècles. Un vaisseau spatial a été envoyé depuis la terre vers une planète pas trop lointaine, mais ils ont mis quelques générations à pouvoir repartir, et avec le décalage dû au voyage spatial, cinq siècles se sont écoulés. Quand l’équipage arrive sur terre, il s’attend donc à trouver une société à la technologie très développée, envoyant des fusées dans l’espace toutes les deux minutes, ayant conquis tout le système solaire. Mais ce n’est pas exactement ça qui s’est passé.

Un amour en l’an 41.042 se passe… en 41.042. L’humanité a inventé une force qui permet de se déplacer à deux fois la vitesse de la lumière et de s’affranchir de la gravité (je me souviens plus exactement des détails, mais les planètes se déplacent allègrement les unes à côté des autres dans le système solaire). Un équipage parti de la terre quelques siècles auparavant, soit quelques millénaires dans le temps de la terre, revient et va les aider à accomplir le dernier saut technologique qu’il leur manque pour conquérir l’espace : la communication par télépathie.

Le progrès technologique

Forcément, quand on écrit sur le futur on se pose la question du progrès technologique. Quel sera-t-il ? Comment ? Qu’est-ce que l’humanité en aura fait. Et c’est une des questions essentielles qui traversent ces deux romans.

Un amour en l’an 41.042 répond à cette question par un progrès technologique énorme, mis au service de l’humanité et de la démocratie. Il y a plusieurs sujets importants évoqués dans ce livre (et je ne suis pas sure de me souvenir de tout, j’ai du le lire il y a 15 ou 20 ans), mais entre autre, le fait que grâce aux ordinateurs, une démocratie directe est organisée. À chaque grande question, un vote est organisé où les humain.es peuvent soient répondre directement, soit, pour les questions simples, déléguer à une IA qui connaît leurs préférences. C’est un peu ce concept qui était à l’origine de mon premier blog. Ce livre traite aussi de ce à quoi peuvent bien se consacrer les humains quand le progrès leur permet de tout automatiser.

Dans La vague montante, c’est un peu l’inverse. L’humanité est arrivé à la conclusion que la technologie n’était plus au service de personne et à décidé d’une ‘régression’ au moins partielle. L’idée étant de continuer à faire de la recherche scientifique mais de n’utiliser la technologie que là où l’on en a besoin. Ce besoin étant réfléchi au sein de communautés. Les humain.es ont ici choisi de prendre du recul et de ne pas systématiquement produire tout ce qu’ils étaient capable de produire, juste parce ce qu’ils le peuvent ou parce que ça crée de l’emploi.

Et l’histoire alors ?

Les réflexions amenées par ces deux romans sont intéressantes et je vous invite vivement à les lire (enfin si vous le trouvez pour Un amour en l’an 41.042 parce qu’il n’est plus édité). Et c’est typiquement le genre d’histoire que j’aimerai écrire : qui fait réfléchir tout en présentant une vision positive de l’avenir.

Mais la question est : comment écrire une histoire dans ces mondes-là ? Parce qu’un roman ce n’est pas juste un univers, ce sont des personnages à qui il arrive des choses. Pour le coup, la réponse donnée par les deux auteur.es est la même : par le biais d’une rencontre avec des gens extérieurs à cette société.

Dans les deux cas, des humains sont partis pour un voyage spatial relativement long, qui avec le décalage consécutif aux voyages à des vitesses proches de la vitesse de la lumière, voire supérieures à la vitesse de la lumière dans les romans[1]Voir cette vidéo si vous ne voyez pas de quoi je parle : Rajeunir à la vitesse de la lumière, fait qu’ils reviennent sur terre quelques siècles (voire millénaires) après leur départ. Et du coup, des gens qui connaissent globalement notre société, arrivent dans la nouvelle version.

Cette solution est pratique, parce que du coup, il est facile d’écrire une histoire, mais je me suis aperçue que ce n’est pas celle qui m’intéresse. En effet, elle permet d’éviter le moment de la transition, de la révolution, si vous préférez, ce qui permet presque de classer l’histoire dans la catégory fantasy avec les fées, les dragons et les elfes, choses qui n’existent pas. Or ce que je trouve intéressant dans la science-fiction c’est quand on se dit que ça pourrait exister, et qu’on remet en question notre mode de vie en lisant tel ou tel roman.

Imaginer, inventer

Finalement quelles sont les deux grandes étapes que j’imagine pour écrire une utopie ?

Tout d’abord l’imaginer. Et ce n’est pas le plus simple. S’il est relativement facile de savoir ce dont on ne veut pas, il est plus complexe de décrire, assez précisément, le monde que l’on souhaite. Pour résoudre cet écueil, je me concentre actuellement sur l’écriture de nouvelles. Cela permet de focaliser sur un pointe, sans nécessairement imaginer tout un univers cohérent. Ensuite, comme la vision de la « société idéale » évolue, cela évite de passer des années à écrire quelque chose avec lequel je ne serai plus d’accord quand j’aurai fini.

Ensuite, l’inventer. Comment de notre société aujourd’hui, on arrive à cette société de demain ? Si la réponse était simple on aurait déjà changé. Le but de la fiction, n’est évidemment pas de proposer une solution toute faite, mais d’explorer des pistes : la violence nécessaire ? la démocratie et ses écueils, le mythe du leader charismatique (à ce propos Hunger Games est assez intéressant, j’en reparlerai peut-être un jour).

Et enfin confronter. Je pense que l’intérêt d’écrire est de partager les idées que l’on a pour les confronter aux autres. Sinon, autant les laisser dans sa tête. C’est en partie pour cela, que j’ai décidé de publier tous les textes qui sont sur ce site en licence libre. Parce qu’il faut partager, débattre, discuter.

J’aimerai conclure cet article sur les utopies par une citation :

Il faut le croire pour le voir

Pablo Servigne

Alors c’est parti : je me donne comme but avec la fiction, de donner à croire, pour qu’un jour on puisse voir !

Si cet article vous a plus, n’hésitez pas à le partager, par courriel, par pigeon voyageur, éventuellement sur les réseaux sociaux ou même, chose difficilement imaginable en ces temps confinés, à en parler de vive voix avec vos amis !

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