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WE sur la ZAD

La ZAD de Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes. Zone d’Aménagement Différée devenue Zone à Défendre. Devenue symbole, devenue lutte, devenue changement. Qui me fait rêver de loin depuis mon coin du sud de la France, région particulièrement… bref. La ZAD c’est presque un phare dans la nuit.

Mais que je n’avais jamais vraiment approché. J’en entendais parlé d’assez près, j’y étais passée, en coup de vent. Mais j’avais bien envie d’y être. Du coup, j’ai créé l’occasion d’y passer deux jours au début du mois de juillet. Alors deux jours c’est court. Très court. Mais je suis déjà contente, d’avoir eu le temps de discuter, de filer la main un peu, de prendre l’ambiance. Probablement pour ressortir des choses dans mes écrits. Car oui la ZAD c’est aussi une source d’inspiration.

Alors avant de vous parler de mon expérience sur la ZAD, je remet un peu de contexte. Tout d’abord c’était une période calme. Les expulsions sont passées, au moins pour l’instant. L’heure est plutôt à la reconstruction, des lieux, des jardins, des gens. Et puis, nous sommes le week-end du 14 juillet, il fait beau et chaud. Ça peut paraître anodin. Mais ce qui semble idyllique sous ce beau temps, peut être très dur à vivre en plein hiver, quand il fait froid, humide, qu’il y a de la boue partout. Donc, oui ma petite expérience sur deux jours, ne représente pas, et de très loin l’intégralité de la vie sur la ZAD. Par contre, il y a des choses qui m’ont inspirées, fait me poser des questions et c’est de ça que je vais vous parler.

L’ambiance

J’ai trouvé l’ambiance sur la ZAD très dépaysante. D’abord il y a une sorte d’unité dans l’agencement des lieux de vie. En gros, c’est souvent, une maison/cabane/hangar/… qui sert de lieu de vie commun avec la cuisine et les sanitaires et des tentes/cabanes/caravanes autour qui servent de chambre. Mais surtout, le truc fantastique, c’est que ça a choqué personne que je débarque un peu partout en disant, « Salut, je suis la fille de C., je suis en week-end sur la ZAD » Et hop, on m’offre un verre d’eau, on papote cinq minutes. Dans la vraie vie, on débarque pas chez les gens comme ça. C’est chelou. Là, je sais pas, ça m’a semblé naturel.

Le fait que les lieux de vie soient communs, les rend plus ouverts. De fait, les gens sont plus dehors, les portes ouvertes (c’est l’été je rappelle). Et ça donne une ambiance tout à fait particulière. Après il y a les bruits qui m’ont marquée aussi. On entend des bruits, qu’on a oublié à la ville (pourtant j’habite une petite ville). Bruits d’oiseaux, de vent, de pas dans l’herbe, de cloches de moutons, du mec qui fait la livraison de yaourts en trottinette. J’ai adoré passer du temps allongée dans l’herbe, ou assise sur un talus, les yeux fermés, à écouter.

50 nuances de … toutes les couleurs

J’étais logée dans un lieu de vie qui s’appelle Les 100 Noms. Lieu de vie qui a été détruit en 2018 et qui est en train de se reconstruire ailleurs. Le fait d’être logée chez des gens, fait qu’on a pu discuté. Et l’une des personnes avec qui j’ai parlé, appelons-la Camille, me faisait part des sentiments complexes et contradictoires qu’elle avait vis-à-vis de l’abandon du projet d’aéroport et des suites données à l’histoire.

D’un côté c’est une victoire. L’aéroport est abandonné. Une victoire comme ça, on n’en voit pas tous les jours. Et pourtant c’est une défaite. Obligation de faire des compromis. De rentrer en partie dans le système. C’est compliqué. Et Camille m’a très bien dit qu’il avait pu accepter le compromis nécessaire parce qu’il avait eu la possibilité d’exprimer aux autres le mal que ça lui faisait.

Ça m’a fait du bien d’entendre ça. Tout le monde a des avis mitigés sur beaucoup de choses. Mais j’ai souvent l’impression dans notre société actuelle que c’est impossible à exprimer. Soit on est pour, soit on est con[tre]. J’ai eu le sentiment qu’il y avait des espaces d’expression sur la ZAD où l’on pouvait dire des choses plus complexes que ça.

Conflits

Alors, évidemment tout n’est pas rose. Il y a des conflits. Beaucoup de conflits. Et il faut les gérer. Et ce n’est pas facile. Ça se fait parfois, dans la violence. Il y a eu à une période un conseil des sages mais qui ne semble plus fonctionner aujourd’hui.

Camille me disait qu’elle avait dû abandonner l’utopie du consensus. C’est quelque chose qui m’a beaucoup fait réfléchir. La question de la décision, du vote, était le sujet d’une de mes nouvelles : Propagande. Je n’ai fait que l’effleurer jusqu’ici car c’est un sujet très complexe. Qu’est-ce qu’une démocratie. Est-ce qu’il peut/doit y avoir consensus ? Comment prendre la bonne décision ? bonne pour qui ?

Toutes ces questions sont essentielles, et doivent être réfléchies, sinon résolues. Et je pense qu’il y a urgence à y réfléchir. Car le monde est en train de changer, et plus on se rapproche du cœur de la tempête plus ça va être compliqué de tester de nouvelles solutions. Pour ça je trouve la ZAD très importante. Car ils essayent. Ça marche ou pas, mais ils essayent.

Conclusion

Je vais m’arrêter là pour le récit de cette expérience. Comme vous le voyez, rien que deux jours ont suffi à soulever pas mal de choses. Et je suis loin d’avoir tout raconté. J’y retournerai. Sure. Et en attendant les réflexions entamées pourront nourrir plein de nouvelles histoires. Plein de nouveaux projets.

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Un commentaire

  • Piyou

    Et bien ça fait pas mal d’idées, de sensations, pour un séjour de 2 jours :)) Merci pour cet article.
    C’est d’ailleurs un aspect important de la zad, on en repart toujours avec des idées, des rencontres, des discussions qui nous insufflent de de l’énergie.

    C’est une très grande victoire, le coté défaite, pour ma part, me semble faible, mais c’est peut-être une question d’âge, la recherche d’absolu diminue avec les années qui passent, mais pas la celle d’un monde meilleur, et la soif de justice reste intacte. Le côté défaite réside un peu dans la perte de contact entre la zad et les collectifs, mais nous qui en faisons partie, pouvons essayer de renouer ce contact.

    L’organisaiton des habitats, entre lieu de vie en commun et individuel, me semble essentielle dans ce qu’apporte la zad à la construction d’un monde meilleur. Ça permet effectivement d’arriver à l’improviste avec un risque minime de déranger car les lieux de repos, d’intimité, d’isolement sont séparés du lieu de vie collectif. Or c’est une organisation qu’on ne connait pas dans notre société, ni en ville, ni à la campagne. Même dans les fermes d’il y a 100 ans, si le lieu collectif existait bien, les possibilités d’isolement étaient beaucoup plus faibles. En ville c’est l’inverse, il manque le lieu collectif, il y avait le café, mais surtout pour les hommes.

    La notion de propriété privée est mise à mal dans la zad, et ça c’est une sacrée victoire !

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